Astralis

Titre Citizen KIMG_0697-INSolaris (détail), Børre Sæthre, 2014

Placée sous l’égide de l’écrivain romantique Novalis et de ses réflexions au croisement des sciences et de la poésie sur les commencements des temps et de la vie, l’exposition Astralis présentée jusqu’en mai prochain au Centre culturel Louis Vuitton est selon le vœu de Pascal Pique, son commissaire, l’occasion pour l’artiste “de retrouver toute sa place de médium-médiateur entre le visible et l’Invisible, jusqu’à prendre en charge ce rapport à l’Invisible qui est à la fois nécessaire et salutaire, mais qui peut effrayer beaucoup d’entre nous.” De l’immanence agissante de Chloe Piene qui conçoit un crâne de bronze qui se mue en fœtus — ou l’inverse — jusqu’aux 51 tambours apotropaïques du collectif Orienté Objet, en passant par l’hommage de Børre Sæthre au chef-d’œuvre de la littérature de science-fiction Solaris, à travers les œuvres de la douzaine d’artistes ici présentée, c’est la voix du poète qui ramène notre être vers la voie lactée qui nous a nourris au lait d’une tendresse cosmique : “Et là, tandis que je me commençais moi-même, / Par un précipité rapide des pensées / Les sens terrestres, tout soudain, avaient pris corps. / J’étais aveugle encore, mais des lueurs stellaires / Pointaient dans les lointains merveilleux de mon être.”

Texte et photos, N.B.

Astralis. Espace culturel Louis Vuitton. 101, avenue des Champs-Élysées / 60, rue de Bassano. Paris VIIIe. Jusqu’au 12 mai 2014. www.louisvuitton.com/espaceculturel

IMG_0692Four Angels, Siobhán Hapaska, 2012

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Tempus fugit

Titre Citizen K01_Sea_of_Buddha_photo_Hiroshi_Sugimoto_largeSea of Buddhas (détail), Hiroshi Sugimoto, 1995

En parallèle à l’exposition Accelerated Buddha qui a couru jusqu’à dimanche dernier à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, les éditions Xavier Barral ont publié les méditations métaphysiques éponymes de l’artiste conceptuel tokyoïte qui travaille principalement à New York Hiroshi Sugimoto. Mettant en regard quelques œuvres de sa collection personnelle témoins de son intérêt pour l’interpénétration du sacré et du profane, ses propres productions et une trentaine de ses essais — tous inédits en français —, cette monographie inscrit la réflexion de Sugimoto dans un vortex qui s’enroule autour des traces que laissera dans son sillage la disparition historiquement programmée de l’humanité. Plus qu’un livre d’artiste, une œuvre prophétique.

I.R.

Accelerated Buddha. Hiroshi Sugimoto (Éditions Xavier Barral)

hiroshi-sugimoto-accelerated-buddha-3.jpgPage de droite : Earliest Human Relatives, Hiroshi Sugimoto, 1994

hiroshi-sugimoto-accelerated-buddha.jpgPage de droite : Bracelet en forme de roue, époque des Kofun, IVe siècle

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Trame

Titre Citizen KPOLKEwithouttitleSigmar Polke, Sans titre, 2001

Réponse cinglante au consumérisme triomphant du pop art, le réalisme capitaliste entend mettre à nu les structures de la séduction à l’œuvre dans l’art. En s’intéressant à la photographie — un médium qu’il honnit — et en grossissant la trame de clichés jusqu’à perdre de vue l’objet ou le sujet reproduits, Sigmar Polke sonde la limite entre figuration et abstraction, peinture classique et culture populaire, apparition et effacement, fascination pour l’imagerie et iconoclastie. Trois ans après la disparition de l’artiste est-allemand passé à l’Ouest en 1953, le musée de Grenoble présente jusqu’à la fin de la semaine un grand ensemble d’œuvres réalisées des années 1980 jusqu’au milieu des années 2000. Une très belle initiative dont on s’étonne qu’elle ne fasse pas ricochet à Paris quand, parallèlement, le Centre Pompidou “se contente” de présenter une énième exposition consacrée au surréalisme.

N.B.

Sigmar Polke. Musée de Grenoble. 5, place de Lavalette. Grenoble. Jusqu’au dimanche 2 février 2014. www.museedegrenoble.fr

Ciseaux - Die Schere Privbdef copieSigmar Polke, Die Schere, 1982

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Deluge

Titre Citizen KPaolo_Uccello_Deluge.small

Après avoir présenté trois de ses pièces à la Fiac en octobre dernier (cf. http://citizen-k-blog.com/?p=11709), Lionel Maunz continue de fouailler ses cryptes mentales où, tels des fossiles terreux, s’impriment les traumas d’existences muettes dont l’artiste témoigne jusqu’à l’obsession dans la fonte, le béton, la résine époxy ou le soufre. Pour sa troisième exposition personnelle à la galerie new-yorkaise Bureau, l’Américain s’est notamment inspiré de la fresque de Paolo Uccello Il Diluvio (ci-dessus, vers 1447), dont il apporte une relecture de la figure du cheval et de son cavalier attaqués par un homme avec un bâton et emportés par les flots, loin de l’Arche de Noé. Dans l’une des pièces centrales ici présentées, qui comprend des éléments en fonte et une grande tête de cheval mutilé, l’animal évoque pour l’artiste “cette force sauvage qui est aussi bien exploitée pour la guerre et la domination qu’un outil qui tire la charrue : un animal stupide dont l’être a été brisé par l’enseignement qu’il a reçu, et qui a appris à tenir stupidement la place qu’on lui demande de tenir. Je crois que j’assimile ici domestication, écuries et apprentissage. Le parallèle animal/enfant est crucial pour moi. Pour les ‘éducateurs’ — parents, entraîneurs, gardiens… —, l’innocence est un objet de mépris.” Tel un gant qui se retourne et montre ses coutures, ou les cicatrices indélébiles d’une “ferronnerie d’enfance”, le travail de Maunz s’avère tout autant une métaphysique de la lésion qu’un théâtre de la cruauté. Une œuvre difficile mais tout sauf conceptuelle : charnelle jusqu’à l’os, lourde, sourde, brute, laborieuse, éprouvante.

N.B.

Lionel Maunz: Deluge. Bureau. 178 Norfolk Street. New York. Du 12 janvier à partir de 18 heures (vernissage) jusqu’au 9 février 2014. www.bureau-inc.com

LM.Studio2013.iron-hoofs.webIron Hoofs, Lionel Maunz, 2013

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