À Cuba, la religion se porte désormais comme un charme – à tous les sens de l’expression. Au printemps dernier, lors de la visite du pape, le dais pontifical, place de la Révolution, avec l’effigie du Che en toile de fond, avait été placé sous les auspices de la Vierge de la Charité du Cuivre : symbole immémorial de la foi apostolique et romaine, sur l’île des frères Raul et Fidel, tous deux éduqués chez les jésuites. Les grands formats à l’huile d’Italo – Italo Rene Esposito, si l’on veut le nom complet du jeune artiste – témoignent avec force de cette intrication du sacré au cœur de sa plus radicale profanation : le castrisme. Car le régime a lui aussi ses saints, ses prophètes et ses martyrs – du poète national José Marti aux « cinq héros » contemporains, ces espions innocents, bien entendu, mis injustement sous les verrous par « l’empire étasunien ». Sous les dehors d’un académisme trempé de peinture naïve, Italo, natif de La Havane aux souches calabraises, croisées de gamètes d’autres aïeux transcontinentaux, nourrit l’ambition inavouée d’incarner une sorte d’anti-Warhol (à l’instar du maître de l’art contemporain espagnol, Barcelo), lequel fondrait l’histoire de la peinture, modernité incluse (et a fortiori la peinture d’Histoire) dans le creuset patiemment revisité des anachronismes cubains. Ambition qui l’assigne à parcourir à rebours les chemins de la modernité, dont ce garçon de grande culture n’est ignorant en rien : le nombre des anges, chez lui, n’est pas signe d’angélisme ! Plus cruelles, plus pétries d’ironie que les chromos qu’elles pastichent, ses fausses Sixtine, ses Christ en croix à l’échine tatouée, ses Guevara anthracite et ombrageux, son Oswaldo Paya couronné d’épines ( hommage pictural risqué à cet opposant notoire, tué il y a peu dans un accident ( ? ) de voiture, lui qui avait réuni 10 000 signatures en faveur de la démocratie cubaine), ses madones érotisées, ses archanges batifolant d’extase, etc. sont la face exposée d’un démon dont chacune de ses figures reste habitée : le besoin d’amour. En ces temps où ce qu’il est convenu d’appeler « l’art contemporain » s’est dématérialisé, (au point que la cote marchande de ses étoiles se mesure au télescope de leur visibilité, instrument réglé d’avance par une minuscule camarilla de critiques patentés et de capitaines d’industrie spéculateurs) par contraste il y a chez Italo, reconnaissons-le, une remarquable modestie à adosser ainsi son univers plastique, non sur le postulat d’une « démarche » s’étayant d’improbables concepts, mais sur les savoir-faire assimilés d’une tradition « artisane » : celle de la « grande peinture » occidentale. Les vrais rebelles ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Italo. Exposition permanente au restaurant-galerie L’Atelier. Calle 5ta, n° 511 altos. Entre Paseo y 2. Vedado. La Havane
Julien San Frax





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