We Love Piu Piu

 

Avant de poser sa voix de diva acidulée sur sa première mixtape intitulée Nightintale, Piu Piu alias Giulietta Canzani Mora enchantait les couloirs du Citizen K de ses airs mi-figue mi-raisin. Assistante de la rédaction mode, l’incandescente Franco-Uruguayenne n’hésitait jamais à ouvrir son dressing perso pour rehausser un look trop ennuyeux d’un sac vintage ou d’une manchette Art déco. Mais sous son allure vénéneuse et ses prétextes vaporeux lorsqu’on l’interrogeait sur ses soirées au Baron, cette Anna Karina mâtinée Cléopâtre préparait son échappée belle. Stockholm d’abord, où elle enregistre avec Tony Senghore et French Fries un featuring avec Logo, La Vie moderne, sur le label Kitsuné. L’aurore boréale s’effaçant, elle finit par se lasser des fjords et des blonds… De retour à Paris, on la retrouve régulièrement derrière les platines du Social Club. Début 2012, produite par French Fries et Bambounou, Piu Piu sort sa version de l’hymne ghetto BMF de Rick Ross. Et puis, hier, à la veille de l’été, après un an passé en studio, tel un parasol piqué au milieu du bitume et des fleurs en tissu, Nightintale (produit par Ryan Hemsworth, French Fries, Scntst, Myth Syzer et Metro Zu) l’impose comme auteur et interprète d’un délicieux opus-hapax mystico-peep-pop. Les couloirs du Citizen K mènent à tout…

R.M.

Nightintale est téléchargeable gratuitement — ou non, si vous estimez qu’écouter Piu Piu est un plaisir coupable…— sur http://piupiu.bandcamp.com

Share on Facebook

Post to Twitter

Diary of a Thief

Cendrillon Bélanger, Photomaton, 2013

Amputant d’un mot le titre du film de Nagisa Oshima Diary of a Shinjuku Thief, l’exposition qui sera inaugurée demain à la galerie Sunday Issue dans le quartier de Shibuya à Tokyo annonce clairement la couleur : Diary of a Thief – We Steal Because We Love. Pillage ou détournement seraient ainsi d’autres noms pour un amour qui s’incarnerait au-delà des œuvres citées, et ainsi révérées, dans une postérité qui ne s’encombrerait pas de légitimation. Parmi les œuvres exposées, on retiendra plus particulièrement celles de la plasticienne Cendrillon Bélanger. Hommage à Warhol et à ses Photo Booth Self-Portraits, les photomatons de l’artiste franco-canadienne interrogent la notion de portrait d’art. Ajoutant de façon prétendument naïve du “beau”, des accessoires, de la couleur et de la mise en scène là où le marqueur définitif de l’identité devait brutalement surgir d’un flash en pleine face, ces œuvres exposent la trop jolie fraîcheur — non dénuée d’accents kitsch parfois — d’une démarche que Cendrillon Bélanger tire subrepticement vers une dramatique abyssale, sondant en quoi son visage définirait davantage son identité que ses seins, son dos ou son processus créatif.

I.R.

Diary of a Thief – We Steal Because We Love. Sunday Issue Gallery. Mitakenomura Building. 2e étage. 1-17-1 Shibuya. Tokyo. Jusqu’au dimanche 23 juin

www.sunday-issue.com

www.cendrillonbelanger.net

Cendrillon Bélanger, Photomaton, 2013

Cendrillon Bélanger, Photomaton, 2013

Extrait de la vidéo Fugue Fragment, Cendrillon Bélanger, 2012

Share on Facebook

Post to Twitter

La mémoire…

La minute de silence

Plasticien parisien d’origine sicilienne, Antonio Cacciatore a étudié les arts plastiques en Australie, à la Sydney National Art School. De retour à Paris, il étudie un temps auprès d’Ingrid Distler et du peintre mexicain hyperréaliste Francisco Rangel. Mixant maîtrise technique héritée des grands maîtres et pratiques contemporaines, ses œuvres témoignent autant de la tradition qu’elles inventent les modalités de son possible éloignement. À partir de ce soir et jusqu’au vendredi 28 juin, Antonio Cacciatore présente à la Maison ETP un triptyque prenant pour titre une citation de Paul Valéry : “La mémoire est l’avenir du passé”. Dans ces trois toiles, l’artiste interroge le trait d’union entre les vivants et les morts : le moment d’une commémoration (La minute de silence), le ferment d’une sédition (La Clairière, qui figure la clairière des fusillés du mont Valérien), le lien complexe entre mémoire et identité (PSEN1, soit le nom du gène qui, lorsqu’il est altéré, est un marqueur de la maladie d’Alzheimer). À travers ce tryptique, c’est ce qui restera de nos vies et de nos engagements qui nous submerge.

I.R.

Maison ETP. 15, rue Cortambert. Paris XVIe. Jusqu’au 28 juin

www.antoniocacciatore.com

La Clairière

PSEN1

Share on Facebook

Post to Twitter

Social Codes

Cyril Le Van, Polaroid

Dis-moi quel logo tu portes, je te dirai qui tu es. Casquette New Era pour zoner avec les potes, carré Hermès pour un thé chez bonne-maman, sac siglé Vuitton pour se la jouer Upper East Side, les marqueurs sociaux ont la vie dure. À l’image des Campbell’s Soup Cans de Warhol, les sculptures de Cyril Le Van présentées en ce moment à la Galerie Géraldine Banier sont les produits pop d’une société de consommation qui porte ses emblèmes en triomphe autant qu’elle les exècre. Croisant la question de l’identité avec celle de sa dilution dans les signes, elles répondent pertinemment aux toiles de Yannick Fournié qui, dans ses séries Incognito et 3G, confronte le spectateur à la part d’ombre que chaque individu recèle. Que ce soit sous un masque ou dans un calibre exhibé sans plus de complexes, à l’égal d’un smartphone.

I.R.

Social Codes. Yannick Fournié/Cyril Le Van. Galerie Géraldine Banier. 57, rue Jacob. Paris VIe. Jusqu’au 29 juin

http://geraldinebanier.fr

Yannick Fournié, Choice of Weapon

Yannick Fournié, Choice of Weapon 2

Share on Facebook

Post to Twitter